Famille Barberon

Cresson d'un jour, cresson toujours

Méréville (91)

partenariat depuis : 2007
dernière visite : 25/10/2019

À l’extrémité de l’Essonne, en bordure du Loiret, se trouve le verdoyant village de Méréville. Arrivés sans difficulté de Paris, nous quittons la route et aussitôt les arbres ouvrent sur la cressonnière de la famille Barberon. De longs bassins verts foncés, parallèles, ajoutent au paysage un caractère graphique. Serge, le papa, est familier des appareils photos ; il suffit de taper son nom sur les moteurs de recherche pour mesurer sa renommée dans le métier. Preuves à l’appui — qu’il affiche fièrement sur les murs de son cabanon — il raconte volontiers la visite de grands chefs. Yannick Alléno, Jean Imbert, Cyril Lignac, sont parmi ceux qui reconnaissent la qualité de son cresson et qui sont venus le saluer, ici à Méréville. Très vite rejoint par sa femme Ghislaine et ses enfants, Serge ne tarde pas à entrer en action : notre petit groupe se rassemble au bord de la fosse où il se tient, debout, les deux bottes dans l’eau.
La démonstration de la confection des bottes s’accompagne d’explications limpides. Le tutoiement est presque immédiat, l’atmosphère joyeuse. Espiègle, Serge en viendra même à nous offrir une imitation de Gérard Depardieu venu à la cressonnière. Jacky, le frère cressiculteur de Serge, nous rejoindra pour un brin de causette ; casquette bleue sur la tête. Les vêtements animent la symphonie des verts à l’entour, unifiés sous la grisaille du ciel. Entre tous ces personnages (nous y compris) : le cresson fait la liaison. Produit simple mais de caractère, facile en cuisine mais souvent oublié... il est ici d'une actualité saisissante, le cœur vibrant des échanges.
Les deux fils Barberon, Gatien et Orian (26 et 28 ans), sont atteints d’une surdité de naissance. À l’écart de la conversation de groupe, ils sont pourtant très engagés dans l’affaire familiale : chacun possède sa propre cressonnière sur le village, qu’il gère de l’entretien à la récolte. Les bottes de cresson qu’ils confectionnent sont ensuite commercialisées par Ghilaine, leur maman. Comme souvent chez les agriculteurs en bio, la filière des produits transformés permet une revalorisation du produit déclassé. Ainsi, avec le cresson qui ne passe pas en botte, Ghislaine fait de la soupe. Et depuis quelques temps, Gatien s’est lancé dans le développement de pâté végétal, fricassée,… il ambitionne même de faire de la bière ! Son projet a été soutenu par Terre de Liens et un reportage télévisé a été consacré à leur histoire, peu ordinaire. Les sourires sont sur les visages ; cela ne signifie pas que tout est simple. Derrière la franchise du père, on devine les nombreuses difficultés surmontées d’une famille bataillant avec le handicap. Pour ses années de retraite, Serge aurait préféré s’évader en Bretagne et se dédier à sa passion pour la peinture. « Mais je continue le cresson pour eux », explique-t-il avec plus de détermination que de regrets. Pour l’instant, c’est à Méréville qu’il arbore son bonnet de marin, comme signe d’attachement à sa terre promise.
La principale difficulté de la culture du cresson est le froid. Cette salade d’hiver qui pousse dans l’eau se récolte de septembre à mai, et donc potentiellement, par temps de gelées. Pas facile de réaliser les 300 à 400 bottes quotidiennes avec des glaçons au bout des doigts ! L’an dernier, ce sont les altises qui ont dévasté les fosses et obligé à tout interrompre. En agriculture bio, pas question d’utiliser de produits pour lutter contre les parasites. Depuis 50 ans dans le métier, Serge s’est converti au bio il y a 26 ans. L’eau qui court dans les cressonnières est une eau de source, vive et claire. Être en accord avec la nature, les oiseaux, les grenouilles, « les bestioles aquatiques » qui peuplent ce milieu, le concerne.
Après le tour des cressonnières de la famille (Saint Eloi pour celle de Gatien, Le Moulin des Courcelles pour celle d’Orian, La Vallée Colleau et Les Petits Prés pour les parents — soit 20 % des cressonnières d’Essonne à eux seuls) Ghislaine et Serge ont la gentillesse d’étendre la visite aux monuments de la ville. Nous admirons la halle au Cresson à l’impressionnante charpente et complétons nos découvertes par des informations historiques, dans le musée de l’office de tourisme. « Cresson de fontaine pour la santé du corps ! » ; « Pour votre santé, mangez du cresson ! » ; « Consommez un produit frais, vivant, naturel : le cresson c’est la santé en botte ! » annoncent diverses affiches d’époques. Argument-santé ou puissance de la rencontre humaine, nous repartons avec cette résolution : les 3B accentueront sur le cresson. Merci à la famille Barberon pour son courage. À nous, et à vous, de prolonger cette énergie en ré-apprivoisant ce produit !